Mauvais karma pour la droite
Contenir le FN et arriver en tête au premier tour : Nicolas Sarkozy a perdu ses deux paris hier soir. Marseille, qui n’a pas toujours voté dans la norme, en est cette fois la parfaite illustration.
Le président sortant y est devancé de plus d’un point (26,93%) par François Hollande (28,05%). Le FN quant à lui y réalise un score de 21,22%, supérieur de trois points à sa moyenne nationale (17,90%), qui est pourtant le plus fort score qu’est jamais connu le Front National lors d’une présidentielle.
A la veille des cantonales de mars 2011, le secrétaire général de l’UMP avait vu juste en déclarant « les cantonales sont un tour de chauffe pour la présidentielle ». Le PS en était sorti grand vainqueur et le FN, en perte de vitesse après 2002, était arrivé en tête à Marseille, s’imposant pour des duels ou des triangulaires dans tous les cantons renouvelables.
A la lecture des résultats obtenus hier soir par le Front National et la gauche, la droite présidentielle est en mauvaise posture pour le second tour du 6 mai prochain. L’issue du scrutin dépend de plusieurs inconnues, notamment le comportement des électeurs frontistes concernant Nicolas Sarkozy, ou l’arbitrage qu’opérera un François Bayrou en chute libre mais qui reste une minorité de blocage. Les instituts de sondage qui ont testé plusieurs hypothèses (voir cet article du Monde), concluent dans tous les cas à une victoire de François Hollande. Mais la plus forte inconnue reste toujours l’abstention : c’est elle qui renverse ou non les équilibres.
Inquiète pour le deuxième tour de la présidentielle, la droite peut l’être aussi pour les scrutins à venir à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône. Alors que la cité phocéenne avait résisté à la vague rose des municipales de 2008, elle offre cette fois une position de leader aux socialistes. François Hollande y arrive en tête par exemple dans les 4ème et 5ème arrondissement, le fameux 3ème secteur tenu par Messieurs Muselier et Gilles et qui avait permis à Jean-Claude Gaudin de l’emporter sur le fil en 2008. Le Front National vient aussi éroder le socle électoral de l’UMP, comme dans les 10ème et 11ème arrondissements où il arrive en tête avec plus de 27% des suffrages. De mauvais présages pour 2014, année des municipales.
A l’échelle du département, le coup de semonce envoyé hier soir par le FN sur le crâne de l’UMP pourrait se traduire, lors des législatives de juin prochain, par un scénario catastrophe pour le parti présidentiel. Si le FN maintient de tels résultats, il serait présent au second tour des législatives dans 14 voire 15 des seize circonscriptions que compte le département. Dans le nord du département par exemple, à Saint-Pierre de Mézoargues, non loin de Tarascon, le FN carbure à 35,68%… Seule la quatrième circonscription, formée notamment par les trois premiers arrondissements de Marseille, peu enclins au vote FN, et la 11ème circonscription, du côté d’Aix, sembleraient échapper à une triangulaire avec le FN. Des triangulaires qui seraient évidemment hautement dangereuses pour l’UMP. En 2002, après avoir été présent au second tour de la présidentielle, Jean-Marie Le Pen, avait prédit des centaines de triangulaire dans l’hexagone. Seule une forte abstention avait empêché le FN de faire rentrer ses troupes à l’Assemblée nationale. « Notre objectif est de transformer l’essai. Nous sommes sur une rampe de lancement, vous avez assisté à la première fusée hier soir, eh bien la seconde fusée sera les législatives, parce que plus rien ne sera comme avant », s’est d’ailleurs empressé de déclarer Steve Briois, secrétaire général du FN.
Même s’il aurait souhaité un score supérieur au niveau national (11,11%), le Front de Gauche redonne des couleurs à l’électorat communiste dans le département. Jean-Luc Mélenchon réalise 13,53% dans les Bouches-du-Rhône et même 13,83% à Marseille. Dans des communes administrées par des maires communistes, il enregistre de très bon score, comme à Martigues (21,75%) ou au Rove où il arrive en tête avec 32,57% des suffrages… Des résultats qui contrastent avec le score départemental d’Eva Joly (2,15%), un résultat conforme à la faiblesse des Verts face au scrutin présidentiel, puisque Dominique Voynet avait réalisé 1,34% dans le département en 2007.
A noter enfin, l’effondrement du Modem, 5,52% à Marseille et 6,13% dans le département, alors que François Bayrou avait réalisé 15,05% dans les Bouches-du-Rhône cinq ans plus tôt.
Laurent Berneron
